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Sans laisser d'adresse est le titre du nouvel Harlan Coben. On vous en parle.
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ALEXANDRE JARDIN Entretien à propos de son nouveau poche "Chaque femme est un roman"
JEAN d'ORMESSON s'entretient avec Brice & Nicky dans une spéciale de Livre de Bord.
Il s’agit de six nouvelles qui s’étalent sur 15 ans de l’écriture de Lehman, retouchés pour cette reparution, et qui tous confrontent le lecteur à des mystères qui ne seront pas expliqués, à l’exception du récit éponyme. Le Haut-lieu a été publié en 1995 dans la collection « Frayeur » aux Éditions Fleuve Noir et c’est un assez classique récit fantastico-psychologique, dans lequel un appartement se « calcifie » autour du héros comme une conséquence de ses actes... Le gouffre aux chimères provient de l’anthologie de Richard Comballot et Johan Héliot intitulée La machine à remonter les rêves, parue chez Mnémos en 2005. Ce texte raconte comment un service secret créé dans ce but récupère des livres traitant d’apparitions miraculeuses. La Chasse aux ombres molles, initialement publiée en 1991 par L’Autre Journal, présente une société qui ne crée rien, mais qui surveille ses collaborateurs de peur qu’ils ne s’en aperçoivent. Superscience, parue en 2006 dans Bifrost, imagine un monde qui vit au cœur des écrits d’auteurs français, américains et allemands d’avant 1941, et où les habitants essaient de réaliser les villes imaginées dans des livres retrouvés, comme Métropolis ou Gotham City. Origami, publié en 2006 dans Ciel et espace, décrit la réaction de divers personnages à la découverte d’une « nouvelle réalité » qui signifierait que l’univers réel se réduit à notre système solaire. La Régulation de Richard Mars, écrite en 1999 (non publiée antérieurement ?) montre un personnage transporté dans un autre monde pour veiller à l’évolution d’une espèce de rats. Dans chacun de ces récits, le non-dit l’emporte fortement sur l'explicite, et les questions posées par l’histoire restent ouvertes à l’interprétation du lecteur. Des nouvelles qui mettent en appétit pour lire d’autres textes de Serge Lehman... Georges Bormand
Le Haut-lieu et autres espaces inhabitables par Serge Lehman, couverture de Daylon, Paris, Denoël, 2008, collection « Lunes d’encre », 238 pp., 18 €
Ce volume regroupe trois romans de Pierre Pelot datant des années 80 : Kid Jésus, paru chez J’ai lu, Le Sourire des crabes et Mais si les papillons trichent, édités au Fleuve Noir. Ils sont suivis d’une postface de Claude Ecken qui explique ce que les romans auraient pu donner s’ils ne présentaient pas tous trois, faute d’avoir été corrigés, l’aspect de travaux inachevés ou tronqués de parties utiles par un éditeur qui formate ses livres. Les histoires : 1. Sur une terre post-apocalyptique, qui se souvient que les plus riches sont partis vers des colonies stellaires (mais n’est-ce pas une légende ?) avant que la guerre ne détruise presque entièrement le monde ? Un gouvernement mondial organise, à la sueur des pauvres, la reconquête progressive des territoires dévastés. Un mineur, jouant sur les revendications et les légendes, tente d’unir les « nouveaux Damnés de la Terre », mais il sera broyé par le système. 2. Dans un monde contraint par des lois rigides, un frère et une soeur s’aiment d’un amour incestueux, que les psychiatres vont classer comme schizophrène. La révolte destructrice qui les anime est-elle réelle, ou n’est-elle qu’un rêve de malade ? 3. Dans un monde fasciste, la folie s’étend, et les policiers traquent les malades mentaux. Le héros se retrouve dans un autre monde où il va multiplier les destructions. Mais cette histoire n’est-elle pas le rêve d’un Créateur qui essaye de tricher dans un jeu de Création ? Trois visions dures, violentes, de formes différentes, du ‘no future’ sans illusion. Intéressantes à découvrir quand, comme moi, on les a ratées à la parution, ou quand on désire avoir une idée de ce qu’était la SF de l’après SF politique. Un volume qui, compte tenu de l’aspect incomplet ou tronqué des trois romans, présente surtout un intérêt documentaire. La postface de Claude Ecken explique parfaitement comment ils s’intègrent dans l’œuvre de Pelot, et dans cette période de la SF française. Georges Bormand
Orages Mécaniques par Pierre Pelot, couverture de Marc Simonetti, Paris, Éditions Bragelonne, 2008, collection « Les Trésors de la SF », 498 pp., 25 €
Martin Springfield est un ingénieur civil qui embarque sur le vaisseau de guerre dernier cri de la Nouvelle République pour assurer la programmation temporelle. Le voyage à venir s’annonce délicat car la guerre est déclarée contre le Festival. Venu d’un univers inconnu, se comportant de façon totalement irrationnelle, celui-ci cherche de l’information, toujours et partout. Pour sauver sa planète, la Nouvelle République décide une manœuvre désespérée : remonter le temps pour détruire l’ennemi avant son arrivée. Mais la situation globale est complexe : une révolution prolétarienne a éclaté sur la planète, une envoyée de l’ONU espionne pour son compte et, surtout, la menace de l’Eschaton plane. C'est une entité inconnue qui détruit toute civilisation essayant de modifier le cours du temps. Martin, ballotté par les événements, lutte pour sa survie. Mais lui aussi a ses petits secrets. Charles Stross a un style bien à lui, parsemant son récit de remarques humoristiques et de situations improbables. Parfaitement maîtrisée, l’écriture de l’auteur est plaisante et divertissante, tandis que le récit demeure cohérent et structuré. L’auteur développe des théories scientifiques bien à lui sur la complexité du temps, mais il en tire des paradoxes savoureux. La multitude d’éléments étranges peut dérouter le lecteur, qui ne sera pas aidé par la présentation confuse retenue par l’éditeur. Mais ce ne sont que des défauts mineurs car avec ses héros charismatiques, ses rebondissements et ses mystères, Crépuscule d’acier réunit tous les ingrédients d’un très bon roman, ce qui s’est traduit en 2006 par une présence en finale pour l’obtention du prix Hugo. Chris de Savoie
Crépuscule d’acier par Charles Stross, traduction de Xavier Spinat, Paris, Éditions Le Livre de Poche, 2008, 535 pages, 7,50 €
Cette jeune auteure américaine d’origine japonaise a sorti, avec grand succès, ses premiers romans en 1996, rencontrant de suite obtenu une notoriété (méritée) des deux côtés du Pacifique avec, par exemple, le prix Locus du meilleur premier roman pour The Borg experiment. Elle a aussi obtenu le Nebula de la meilleure novelette en 2000 avec son court roman Godesses (téléchargeable gratuitement en anglais sur son site). Il aura fallu un peu plus de dix ans avant qu’un éditeur français finisse par traduire un de ses romans, Limit of vision (en français Aux marges de la vision) qui lui, date de 2003. Espérons que ce ne soit pas le dernier. Aux limites du cyberpunk, mais pas vraiment punks, les romans que j’ai lus se déroulent dans un avenir assez proche portant les conséquences de nouvelles découvertes dans les champs de la biologie et de l’informatique ou à l’interface entre ces deux sciences. Lire la suite de la chronique et Lire l'interview de Linda Nagata Georges Bormand
Aux marges de la vision, Linda Nagata, Bragelonne, 2008, 398p., 20€ env.
Le futur proche que nous dépeint Le Jeu de Cuse (l’action débute en l’an de grâce 2052) n’est pas exactement reluisant. Suite à un accident nucléaire survenu à la frontière franco-allemande, le centre du continent se retrouve transformé en un « no-man’s land » durablement contaminé par la radioactivité, vidé de ses habitants. L’Union Européenne s’est pour sa part écroulée du fait de la résurgence de poussées nationalistes multiples. La pression migratoire venue du sud s’intensifie chaque année, provoquant l’érection d’une véritable barrière visant à séparer les riches privilégiés des masses issues du Tiers-Monde, avides d’une existence digne de ce nom. La violence s’est, quant à elle, généralisée et le racisme est devenu omniprésent. Lire la suite Franck Boulègue
Le Jeu de Cuse,Wolfgang Jeschke ,traduit de l’allemand par Christina Stange-Fayos, 634 p., L’Atalante
Annabel est une magnifique femme que l’approche de la quarantaine rend fébrile. Incapable de réussir son diplôme d’Aptitude Auprès des Enfants (AAE), elle craint de ne jamais pouvoir devenir mère. Obnubilée par son désir de maternité, elle décide de tout tenter pour contourner la loi sur le contrôle des naissances, quitte à payer un prix démesuré et à mettre en danger son mariage. Son mari, Andy, est un chercheur surdoué qui a inventé les fulguimas, programmes permettant l’assimilation d’un livre en quelques minutes. Lorsqu’il reçoit Ange en consultation, Andy découvre que le cerveau de l’enfant a muté et qu’il ne perçoit que par images. Andy n’a dès lors qu’un objectif : relancer le projet Expéron, qui lui permettra de soigner le petit garçon. Le savant cherche en effet le moyen de transférer des ressentis d’une personne à une autre via la greffe d’une mansheet, ou morceau d’expérience. L’apprenti sorcier est pourtant loin d’être au bout de ses surprises avec Ange. Hélène Cruciani signe avec Expéron un superbe premier roman. Sa France de 2054 n’est pas sillonnée de vaisseaux spatiaux mais l’on apprend incidemment que des catastrophes nucléaires ont eu lieu, que virus et cancers foudroyants se sont multipliés, que les ressources sont limitées et que les règlements rythment la vie des habitants. Dans cet univers morbide, l’auteur développe l’histoire d’un couple terriblement humain, aux actes dictés par des passions extrêmes. La personnalité des héros est fouillée et aucun des personnages rencontrés ne présente une psychologie monobloc. Souffrances, espoirs, chacun d’eux illustre un cas unique d’adaptation ou de rejet à son univers. On pourrait reprocher au récit son manque d’action mais le propos d’Hélène Cruciani n’est pas là. A travers l’histoire prenante de ce couple, une société liberticide convaincante et si proche de la nôtre émerge. L’écriture sans excès de l’auteur est efficace et offre 244 pages de plaisir, malgré un thème difficile et douloureux. Chris de Savoie
Expéron, Hélène Cruciani, illustré par Laëtitia Deschamps, 244 pages, Editions Griffe d’Encre, mars 2008, 16€.
Un dictionnaire sur les extraterrestres. Voila donc qui est original. L’ouvrage de Thierry Acot-Mirande offre, pour la première fois, un tour d’horizon de tous les domaines dans lesquels les extraterrestres ont pu influencer les artistes que ce soit en littérature, au cinéma, en BD, en peinture, la musique ou la télévision. Classé par ordre alphabétique, ce dictionnaire présente un who’s who des êtres venus d’ailleurs. On y retrouve évidemment des entrées au sujet de grands écrivains comme Wells, Lovecraft, Dick, Van Vogt, mais aussi concernant le cinéma (La Guerre des mondes, Star Wars, 2001 l’odyssée de l’espace), la télévision avec X-Files, Taken, etc. Une idée originale pour ce dico qui recense tous les domaines artistiques et culturels. Certes on ne prétend pas ici à l’exhaustivité, ni à un approfondissement infini de chaque thème mais cela donne déjà de belles pistes d’approche. Marc Bailly
«Dictionnaire intergalactique des extraterrestres : Dans la culture populaire contemporaine » de Thierry Acot-Mirande, Scali, 300 pages, novembre 2007, 24€00
Le Navire en pleine ville est une petite maison d’édition qui mène de front la publication d’œuvres nouvelles et la reparution d’œuvres appréciées. Ce court roman (on devrait plutôt parler de novella) d’Yves Frémion appartient à la deuxième catégorie, puisqu’il est paru en 1983 aux éditions Piranha, puis reparu en 1986 chez Folio junior. Cette courte histoire s’adresse donc aux « jeunes adultes » de quelques dix ans pour leur donner une leçon de relativisme bienvenue : sans jamais confronter de manière brutale la vie des tongres, quadrupèdes intelligents qui habitent une planète à trois soleils, aux « envahisseurs » qu’on peut supposer être des colons humains venus exploiter les richesses minérales de cette planète sans se soucier des indigènes même pas humanoïdes. Il oblige à réfléchir sur la cohérence de la vie traditionnelle des tongres, vie calme et sans conflit majeur, mais aujourd’hui perturbée par la présence et les déprédations des « extra-planétaires ». Les quelques tongres de l’histoire vont prendre conscience de la nécessité de modifier leur mode de vie pour s’adapter aux changements, de faire reconnaître leur existence et de parvenir à une cohabitation avec les colons, d’éviter que les extractions minières et l’accroissement de la radioactivité du terrain qu’elles provoquent, réduisant de ce fait la surface habitable par les tongres, ne provoquent leur disparition. Mais, même si le livre conclut par une prise de conscience et un message d’espoir dans l’évolution des tongres et leur adaptation à ces nouvelles conditions, le récit se contente de présenter la vie d’un groupe de tongres qui s’est formé à l’occasion des jeux d’entrée dans la vie d’adulte et de découverte sexuelle et d’aller jusqu’à la fin de cette génération précise, la première à avoir vécu toute sa vie dans un monde affecté par le changement. Juste décrire un monde possible, sans message ou thèse écologiste explicite, mais avec une grande sensibilité. Une écologie autre, sans référence directe à nos problèmes sur Terre, mais malgré tout, une manière de créer une perception de l’écologie, de la dépendance de toutes les formes de vie, dans une langue simple, accessible aux enfants. Le jury, qui a récompensé ce livre (Grand prix du livre de jeunesse 1983) à juste titre, a apprécié le ton simple, non directif, mais tellement persuasif. Le livre plaira aussi aux adultes qui ont su conserver la capacité de s’émerveiller et d’éprouver une sympathie méritée pour ces tongres. Georges Bormand
Yves Frémion, Tongre, Illustration : Pierre Huber/Franck Virens, 96 p., Le navire en pleine ville, 2006, 11€50.
J’ai lu le livre de Catherine à sa sortie chez Mnémos, aussi réagis-je tout de suite à la 4° de couv qui, à mon avis, inverse le cœur du livre en présentant Cmatic comme le personnage central et l’adolescente « étrange » (de fait la narratrice) comme un personnage secondaire. La couv’ de Jackie Paternoster est totalement sans intérêt. Mais le livre n’a rien perdu de sa noirceur et de son intérêt à la relecture. L’histoire : en racontant ses souvenirs, la narratrice, qui a trouvé une voie magique vers l’immortalité quand d’autres la cherchent dans les greffes et le clonage, nous montre l’enfer pollué et inhumain qu’est devenu le monde du 22° siècle ; un monde où les blancs ont disparu, mais où les imiter, rechercher leurs souvenirs, est du plus haut chic dans la bonne société asiatique ; où les étages séparent suburbains sauvages et habitants des tours… Un monde où il faut vraiment être profondément intoxiqué par le « goût de l’immortalité » pour vouloir prolonger encore son existence… Le style de ce roman est inimitable, que ce soit par l’usage particulier que fait la narratrice des majuscules, réservées aux Espèces Animales ou aux Fleurs et refusées aux noms propres, par les mélanges de citations venues des cultures asiatiques, parfois aussi des cultures occidentales… Une fois que l’on a pénétré dans cet enfer futur, plus rien ne surprendra le lecteur, tellement ce monde est, hélas, cohérent et possible ! Bref, une des œuvres les plus construites et réussies que nous ait proposé récemment la SF française. Ce livre a obtenu le Prix Bob Morane en 2006. Georges Bormand
Catherine Dufour, Le Goût de l’immortalité, Livre de poche, septembre 2007, 320p, 6€.
Je vous en ai parlé il y a peu, Blade runner, un des films majeurs du XX° siècle est enfin publié dans la version intégrale voulue par son réalisateur, Ridley Scott, après 25 ans de malentendus avec la firme, Warner. Nathan Skweres, l'une des voix journalistiques du Grand Morning de Nostalgie, vous parle, ci-dessous, du roman de Philip K. Dick qui a inspiré ce long métrage culte.
« Blade Runner : Final cut », de Ridley Scott, Warner, 2007, 112 min, 24€98
Do androids dream of electric sheep ? C'est le titre original du roman qui a inspiré à Riddley Scott son Blade Runner. On comprend à la vision du film pourquoi le réalisateur n'a pas conservé le titre donné par Philip K. Dick à un livre paru en 1968 : on ne voit guère de moutons électriques, dans Blade Runner. Or c'est une des clés du roman de Dick : en 1992 (saisissant effet de rétro-futur pour le lecteur de 2007), dans une Californie post-catastrophe nucléaire, le luxe ultime est de posséder un animal, un être vivant qui ait survécu au carnage. Plus l'animal est gros, plus il est cher, et plus on l'exhibe comme une preuve de richesse et de réussite. Les membres de la classe moyenne qui aspirent à la reconnaissance n'ont pas d'autre choix que de se procurer des animaux électriques, des pièces si bien réalisées qu'on ne peut les distinguer des vrais. Cette dimension a été en grande partie gommée à l'écran (si l’on excepte quelques allusions, notamment sur le serpent dans la boîte de strip-tease, ou la chouette chez les Rosen). Elle complique il est vrai l'histoire, mais dans le même temps, cette recherche effrénée d'un mouton électrique explique la motivation de Rick Deckard à multiplier les contrats : il doit ramener un maximum d'argent au foyer s'il veut offrir un animal à son épouse. Car oui, Deckard est marié dans le livre ! Exit donc l'image du chevalier solitaire, figure d'un Sam Spade post-moderne (héros de Dashiell Hammet, immortalisé à l’écran par Humphrey Bogart) tel que l’imagine Ridley Scott. Nathan Skweres
20-12-2007, 23:49:50 Brice
L’empathie est le propre de l’homme
Idem pour les androïdes : créés au départ pour aider l'homme dans ses tâches quotidiennes, les robots-humains ont été perfectionnés, de génération électronique en génération électronique, pour aboutir à des êtres presque identiques aux humains. C'est sur ce « presque » que repose toute l'intrigue de Blade Runner (le roman est finalement paru sous ce titre en édition de poche J'ai Lu SF après le succès du film, avant cela il a été édité dans les années 70 sous le titre un peu ridicule de Robot Blues). Une intrigue philosophique digne des grands penseurs, de Platon à Lacan, en passant par Descartes. La trouvaille géniale de Dick, c'est que les androïdes ont fini par s'ignorer robots. Ils se pensent pensant, ils se croient humains. Des entreprises sont mêmes spécialisées dans la création de souvenirs artificiels insérés dans la mémoire des robots : l'andro est alors convaincu d'avoir eu une enfance, une adolescence... (une idée exploitée dans plusieurs récits de Dick, notamment Souvenirs de Mars, la nouvelle qui a inspiré le film de Verhoeven, Total Recall). Tant et si bien qu'une des tâches des blades runners est de leur prouver qu'ils ne sont que des machines. Cela passe par un test d’empathie, le test Voigt-Kampff, imposé par la police à tous les individus suspectés d’être non-humains (cf. la superbe scène d’introduction du film). L’empathie, c’est LE petit détail qui manque aux androïdes. Dick propose ainsi une définition claire de l’homme. « … de toute évidence, l’empathie appartenait en propre à l’esprit humain, alors que l’intelligence se retrouvait, avec des différences de degré, à tous les échelons de l’évolution, jusque chez les arachnides. D’abord, la faculté empathique ne pouvait appartenir qu’à un animal social. Un organisme solitaire, comme celui de l’araignée, n’en avait aucun besoin. Bien au contraire, l’empathie amoindrirait probablement les chances de survie de l’araignée qui en serait dotée. Elle deviendrait consciente du désir de vivre de sa proie. Avec une telle faculté, tous les prédateurs, y compris les mammifères les plus évolués, les félins, crèveraient de faim… (…) en dernière analyse, l’empathie brouillait les frontières entre chasseur et chassé, entre vainqueur et vaincu. » Un aspect évidemment beaucoup plus développé dans le livre de P. K. Dick que dans le film de R. Scott. Nathan Skweres
20-12-2007, 23:42:55 Brice
Dick, c’est mystique
A chaque page, Philip K. Dick s’éloigne de l’intrigue policière pour retourner vers les thèmes de prédilection de son œuvre. Il réintroduit dans ce roman le culte du mercerisme, déjà abordé dans une de ses nouvelles ultérieures, La petite boîte noire : des appareils disponibles dans tous les foyers américains permettent de se connecter virtuellement à Wilbur Mercer, personnage obscur, imaginaire peut-être… Une sorte d’Internet sensoriel, devenu une véritable religion, les utilisateurs ressentent au même instant les mêmes sensations, celle de ce Mercer (Christ suppliciant ? ou bien Sisyphe électronique, comme le voit Denis Guiot dans la revue Fictions [texte intégral : http://www.noosfere.com/heberg/Le_ParaDick/articles/critiqueDG0180.html]) gravissant lourdement une colline, quelque part… Cette machine crée une véritable dépendance auprès des fidèles. Quand il s’adresse directement à Deckard, Mercer lui adresse une leçon de vie noirissime : « On te demandera de faire le mal où que tu ailles. C’est le fondement de la vie : avoir à violer sa propre identité. Chaque créature vivante y est amenée un jour. C’est l’ombre ultime, la défaire de la création ; c’est l’ouvrage de la fatalité ; la fatalité qui se nourrit de la vie. Partout dans l’univers. » De même, la longue scène finale du roman, où l’on voit Deckard au fin fond du désert retrouver un crapaud vivant (hallucination ? délire mystique ?) n’aurait assurément pas trouvé sa place dans le film. Crapaud qui s’avèrera en toute fin être lui-même… artificiel. Jeu de vrai faux-semblants à répétition, Blade Runner se termine sur avec un dénouement vertigineux, entre simulacre et simulation (et l’allusion à Jean Baudrillard n’est évidemment pas innocente). « … ça ne fait rien. Ces machins électriques ont une vie bien à eux… aussi terne soit-elle… » Nathan Skweres
20-12-2007, 23:31:35 Brice
Les 3 vies de Dick
On reprochera à Philip K. Dick d’avoir bâclé certaines scènes de Blade Runner.Et on peut faire cette critique pour tous les romans de l’auteur : toute sa vie, Dick a écrit avec un sentiment d’urgence, prenant rarement la peine de se relire. Il enchaînait les ouvrages, tayloriste de la plume, sans jamais tomber dans la facilité. Sans vouloir faire de l’exégèse dickienne à la petite semaine, on peut situer Blade Runner dans la deuxième partie de l’œuvre de Dick, avec des romans de science-fiction tirant de façon timide mais lancinante vers la philosophie spiritualiste : des personnages évoluant dans un environnement futuriste sont souvent dotés de dons paranormaux (Dr Bloodmoney, L’œil dans le ciel, en sont de bons exemples). La première période, celles des nouvelles des années 50, étaient typiquement science-fiction, Dick, alors jeune auteur payé au cachet par des maisons d’édition « paperback » (directement en édition de poche) n’avait pas vraiment l’occasion de faire autre chose que de répondre à la commande d’un éditeur frileux. Cette période recèle pourtant de perles, comme Minority Report (adapté avec génie par Spielberg). La troisième période, celle de la maturité (si tant est qu’on puisse parler de maturité avec un auteur mort à à peine plus de 50 ans !) est aussi celle de la créativité délirante : Ubik, La trilogie divine, … Autant d’univers délirants que Dick considérait comme sa propre réalité : l’homme, habitué aux expériences psychédéliques influencées par diverses substances prohibées, bascule par moment dans une réalité parallèle : il se croit vivant dans les années 70 de notre ère, premier chrétien persécuté par les Romains. Ses œuvres les plus déroutantes et les plus attachantes datent de cette période : ses romans deviennent pour lui le moyen d’exprimer par la fiction l’avancée de ses recherches en science religieuse, en philosophie, en linguistique… Philip K. Dick est mort le 2 mars 1982 d'une défaillance cardiaque.Le film de Ridley Scott est sorti aux Etats-Unis le 25 juin de la même année. Nathan Skweres
«Minority Report», Philip K. Dick, Folio SF, 2002, 436p, 8€40
20-12-2007, 14:17:10 Brice
11-11-2007
Jean M. Jarre & Arthur C. Clarke
Qui n'a pas écouté Oxygène ou Equinoxe de Jean-Michel Jarre pour accompagner ses lectures ? Je ne m'en suis pas privé à l'époque. Trente ans après, le compositeur vient de réenregistrer sa première grande oeuvre (l'entretien intégral sera bientôt diffusé sur Nostalgie). Ce fut aussi l'occasion pour moi de le faire parler de ses lectures mais aussi de lui demander de quel livre il aimerait composer la bande originale.
JEAN-MICHEL JARRE - Brice Depasse
«Oxygène», de Jean-Michel Jarre, Capitol, EMI, 17€99
25000 ans après Jésus-Christ, l’humanité dans la diversité de ces évolutions... L’humanité toujours en guerre. Une guerre millénaire pour la conquête de la galaxie, une guerre contre un ennemi méconnu, inconnu, une guerre qui est un moteur de l’économie, de la survie. Une guerre qui est le début et la fin de tout. Dans ce roman touffu mais dont on sort époustouflé par le voyage et les diverses dérives d’étoiles en étoiles, d’évolutions en révolutions, nous suivons quelques enfants-soldats. Car l’humanité à travers son gouvernement, la Coalition, a fait le choix de la guerre pour s’imposer. Pour la guerre, toutes les énergies ont été mobilisées à commencer par un programme de sélection génétique dont le terme ultime et sans espérance est l’enfant-soldat. Même plus le temps de vivre qu’il faut déjà mourir. L’humanité n’a plus grand-chose d’humain sauf pour ceux qui détiennent le pouvoir. Enfin en apparence. Les espaces-temps se chevauchent et les paradoxes temporels ne s’effarouchent plus. Ainsi vous pouvez vous rencontrer à d’autres moments de votre vie. Il a bien fallu résoudre ce problème d’interaction dans le cours de l’histoire. Vous et votre « clone » du futur, ou vos clones du futur êtes punis pour tout délit de l’un ou de l’autre. De toute façon, la punition ressemble de très près à la vie ordinaire : c’est une vie très courte. Pour survivre en nombre, il a fallu choisir des priorités : une vie courte, la transmission des gênes les plus efficaces pour la guerre, la satisfaction des besoins élémentaires. Une vie qui ne laisse aucune place à autre chose que la conquête. Donc depuis des millénaires, les enfants-soldats vont à la guerre contre les Xeelees dont on ne sait rien. La seule communication engagée avec eux, c’est la guerre. Juste parce qu’ils sont là sur le chemin des étoiles et entravent l’expansion de l’humanité. Heureusement qu’il y a quelques éléments subversifs pour mettre à mal le programme de la Coalition. D’abord, c’est une boucle dans le temps qui nous permet de suivre le chemin d’un même individu et de ses amis.Et là, ces quelques éléments subversifs vont en attirer d’autres et mettre leur grain de sel ou de sable dans les rouages du temps et de la Coalition. Les dogmes sont mis à mal derrière la face cachée des planètes. Nos héros ouvrent les yeux sur d’autres perspectives de vie. Ils croiseront les personnages de Coalescence, enfin leurs descendants. Et tous ces personnages deviennent des compagnons à travers notre lecture. Vous me direz, ce n’est jamais qu’une autre guerre des étoiles… Mais non, il y a longtemps qu’un bouquin ne m’a pas fait cet effet. Enfin une épopée galactique. Le dernier, c’était Peter F. Hamilton avec « Rupture dans le réel ». Tout le côté hard science, je l’ai absorbé comme un poème… Il faut dire que je suis nulle en physique… Mais Stephen Baxter a fini par me faire croire que je pouvais ressentir, appréhender l’immensité de l’univers. La destinée de nos héros remet en perspective nos petites vies humaines, de petits points dans l’espace-temps… Et ce pourquoi nous nous accrochons à des philosophies, des croyances, des mythologies rien que pour survivre sans brûler nos neurones en incandescence de désespoir. Dans ce roman, il y a un foisonnement d’idées, de réflexions, de prospections… Sans oublier l’essentiel : il faut aller au-delà des apparences, traverser le voile de ce qui apparaît comme réel et ne l’est peut-être pas. Et puis l’évolution, la diversité des évolutions possibles… J’étais si fascinée par cette lecture que, contrairement à d’habitude où je dévore les livres, je l’ai grignoté soir après soir, en fermant les yeux de temps en temps, jouant avec les phosphènes kaléidoscopiques sous mes paupières. C’est rare qu’un livre vous emporte si loin de vous, qu’on puisse s’oublier. Bon, c’était comme une transe hallucinante parfois. Et dans le même temps, ces 528 pages se lisent en fluidité. J’attends la suite parce que je m’attendais bien à être étonnée mais là… Il y a deux autres opus, « Transcendent » et « Resplendent ».Et bravo au traducteur Dominique Haas qui a su transmettre l’épopée avec talent. « Exultant » devrait provoquer une lecture jouissive, en allégresse c’est-à-dire vous faire exulter. A lire absolument ! Channe
Stephen Baxter, "Exultant - Les enfants de la destinée", Traduction : Dominique Haas, Illustration : Gundee Vasan, Presses de la Cité, 528p, 23€50.
Question à laquelle Stephen Baxter propose des réponses. Je sais, en lisant le résumé du livre ou la quatrième de couverture, pendant un instant on se dit : ce n’est pas possible. Encore une histoire de conspiration. Rassurez-vous, Stephen Baxter ne remet pas le couvert pour un « Da Vinci Code ». Il s’agit ici d’un vrai roman de science-fiction. Lisible par tous, il est là le petit miracle. Un livre de « hard science » lisible par tous. Mais vraiment tous. Un roman de science-fiction mâtiné de roman historique, mais ce n’est pas du « steampunk ». C’est juste pour décrire le processus et donner de la perspective à la réflexion. Car au final, nous avons là le premier volet d’un roman philosophique comme les grands « Dan Simmons » et sa thématique d’Hypérion, Orson Scott Card et son cycle d’Ender ou Brian Aldiss et sa trilogie d’Helliconia. _ Bien d’autres aussi… Donc, nous voilà avec un livre de hard science qui se lit, se dévore tout simplement. A la différence de Greg Bear et de sa passionnante réflexion sur l’avenir de l’homme dans « L’échelle de Darwin » où le lecteur doit s’efforcer de comprendre deux ou trois bricoles concernant la génétique, là, tout coule de source. Pas de longues explications, juste l’histoire de quelques êtres humains. Tout en suivant l’enquête de Georges Poole sur sa sœur et la mystérieuse institution qui l’a accueillie, acheté, kidnappée ( ?) nous faisons un saut dans le temps, pour suivre la décadence de l’empire romain, à l’échelle de la Grande-Bretagne puis de Rome. Ce qui était une légende familiale, un gentil récit des origines de la famille, un conte, prend de la consistance. Tout comme cette décadence de l’empire romain s’inscrit en perspective avec la déliquescence de nos sociétés occidentales en malaise…. Un malaise que George Poole éprouve dans sa propre vie… Le 21e siècle est-il spirituel par défaut d’utopie ? L’humanité a-t-elle un avenir alors que la planète s’échauffe ? Est-ce qu’il y aura un après-demain et comment peut on le préparer ? Qu’en est-il d’une évolution de l’humanité ? Pas question de vous en dire plus sous peine de baliser votre chemin de lecture et d’entraver vos propres réflexions. Stephen Baxter nous confronte aux choix de ces personnages, des choix dictés par leur culture, leur éducation et leur instinct de survie. Des choix qui ont créés des chemins de traverse pour certains d’entre eux. Allons-nous vers une coalescence de certaines aptitudes pour créer une nouvelle humanité capable d’affronter les avenirs incertains ? Il y a des choix à faire dans l’urgence pour la planète, parce que nous avons refusé de voir la vérité auparavant. Faut-il privilégier l’individu, le groupe, certains individus dans le groupe ? D’autres questionnements se bousculent, le féminin et le masculin et les facultés d’adaptation de l’un et de l’autre, la reproduction de l’espèce, la résistance à la majorité, la guerre, la violence, le fascisme ? Est-ce qu’au nom de la survie de l’espèce, on peut faire l’impasse sur l’éthique ? Le grand talent de Baxter, c’est qu’on ne s’ennuie pas pendant cette réflexion philosophique. On lit un bon bouquin et on est dans l’attente de la suite jusqu’à la dernière page. Et notre destin est-il écrit par avance ? J’attends avec impatience la forme que vont prendre les trois romans qui vont suivre. Stephen Baxter va certainement nous proposer d’autres sauts temporels, d’autres perspectives… Channe
Stephen Baxter, "Coalescence - Les enfants de la destinée", Traduction : Dominique Haas, Illustration : Gundee Vasan, 540p, Presses de la Cité, 23€
Je connais Kenan Görgün. Enfin… Je ne vais pas vous jouer ici le couplet du copinage sauvage, voire de la complicité inévitable entre les critiques et les auteurs. Non. Je connais Kenan Görgün pour l’avoir croisé à plusieurs reprises, lors d’une célèbre Foire du Livre de Bruxelles, sous les pyramides, où l’équipe de Phénix (une revue de l’imaginaire dirigée par Marc Bailly, dont la signature croise parfois dans les eaux bouillantes de Lire est un Plaisir) s’était fait un plaisir d’organiser quelques rencontres avec des écrivains de ce que certains appellent encore de la paralittérature. A l’époque, Kenan Görgün écrivait beaucoup, débordait de projets de toutes sortes et brûlait de ce désir d’être lu et publié. Vorace lecteur, j’avais eu l’occasion de parcourir certains de ses textes et d’en retirer au moins une certitude : le bougre ne manquait pas d’énergie, ni de style… Mais se foutait comme de sa dernière chemise des règles les plus élémentaires de la narration, bien décidé à secouer le lecteur… pour le simple plaisir de le secouer. Ses premiers écrits publiés, ce ne fut guère une surprise, prirent la forme de nouvelles. Parce dans cette forme concentrée, où l’histoire a parfois moins d’importance au cœur de la folie des sentiments, ou dans les méandres brûlants d’une idée délirante, Kenan Görgün excelle. L’énergie, déjà citée plus haut, vous explose à la figure, les phrases vous maltraitent avec la force d’un boxeur poids lourd et votre esprit s’extasie devant tant de maîtrise de l’art de la déflagration littéraire. Aujourd’hui, Kenan Görgün débarque chez Fayard avec ce « Fosse Commune ». Et là, au fil d’un récit qui n’en est pas vraiment un, la faille narrative s’élargit soudain pour engloutir totalement le lecteur et le recracher au bout de cinquante pages… s’il tient jusque-là. N’est pas Dantec qui veut. Et si même l’auteur d’Artefact (dont Brice vous parle ci-avant) épuise au fil de ses disgressions aux odeurs douteuses, que dire d’un « jeune auteur » dont c’est la première tentative de harponner le lecteur dans la cour des grands ? Je connais Kenan Görgün. Et je trouve dommage qu’une grande maison comme Fayard publie en l’état cette brique qui ne manque pas de « moments » mais entérine une espèce de marche folle vers des textes qui confondent style et substance, réflexions et vaines disgressions. Au point de flirter avec les frontières de la fumisterie pure et simple. Evidemment, la cervelle farcie de thrillers et de romans à la mécanique parfaitement huilée, je suis peut-être imperméable au chef-d’œuvre, incapable de surprendre le génie au cœur d’un texte qui n’est pas fait « pour tout le monde ». Mais on touche alors à un élitisme littéraire qui m’énerve encore davantage et qui consiste à porter au pinacle tout ce qui est obscur et torturé, ampoulé et chiadé, dans une espèce d’ultime snobisme qui voudrait que ne plus rien dire, ni raconter, constitue forcément un aboutissement et une réussite. Je connais Kenan Görgün. Je suis déçu que l’énergie et le talent qu’il possède, se déversent dans cette littérature de poseur. Ah zut, du coup, je crois que j’ai omis de vous expliquer ce que raconte « Fosse Commune »… Et bien justement, à force de vouloir m’éblouir et me secouer, l’auteur est parvenu à me le faire oublier. Dr Corthouts
27-09-2007, 23:37:32 Brice
28-06-2007
Au-delà de l'infini
Gregory Benford est un auteur majeur de la hard SF moderne. Auteur de romans à succès comme Un Paysage du temps ou son cycle du Centre Galactique, il a aussi été récompensé notamment par le Prix Nebula. Autant le dire tout de suite ici, Benford a écrit un sérieux bouquin de hard SF. Sérieux certes, mais avouons-le, ennuyeux également. Là où nous attendons émerveillement, dépaysement, clarté des idées, envolée scientifique, nous n’avons eu qu’ennui et explications lourdes. Cley est une Originale, une Ur-humaine. Une représentante de la race originelle des hommes. Nous sommes plusieurs milliards d’années dans le futur et le monde dans lequel évolue nos personnages n’a que très peu de références avec notre monde actuel. Elle travaille dans la Grande Bibliothèque de la Vie qui contient les connaissances accumulées par les hommes au fil des millénaires et les archives d’ADN de toute la vie depuis des milliers d’années. Une force mystérieuse venue d’au-delà des dimensions connues détruit la Bibliothèque et tous les « Originaux ». Tous sauf Cley qui va être adoptée par les Supras, une des formes les plus abouties de l’évolution humaine. Elle apprend qu’elle est la dernière des Originales et que les Archives de la Vie ont été détruites. Maintenant, il faut savoir qui des Originaux ou de la Bibliothèque de la Vie étaient visés et pourquoi ? Gregory Benford est un excellent écrivain. Ses derniers livres et récompenses en attestent. Mais pourtant il a raté celui-ci. Ce roman est sans conteste intelligent, peut-être trop intelligent. Pour ma part, j’aime bien la hard SF, les idées extrapolées, la science mise en avant pour nous faire réfléchir, pour nous faire avancer. C’est aussi ça le rôle d’un écrivain de science-fiction. Mais là… Mais là… Benford a écrit pour des scientifiques, pour un public diplômé en sciences physiques ou mathématiques. Trop ardu, trop pointu, trop « intelligent ». Il n’est pas aisé de faire de la vulgarisation scientifique pourtant tellement passionnante quand elle est bien écrite. Au-Delà de l’Infini est un échec total au niveau de la forme. On ne s’attache pas aux personnages trop abstraits, on ne rentre pas dans l’histoire pas assez romanesque. Bref, n’entamez pas la découverte de Benford avec ce livre, vous en seriez dégoûté et ce serait dommage. Marc Bailly
Gregory Benford, Au-Delà de l’Infini, traduit par Thierry Arson, 432 p., Presses de la Cité
28-06-2007, 22:45:37 Brice
18-04-2007
Poche jeunesse : Les guerriers du réel
Slum City Guenilla est un jeu de rôle virtuel où deux bandes s’affrontent. Nous sommes dans un tournoi, c’est la finale. Les deux bandes se nomment : les Zapmen et Lumière Foudroyante. La deuxième équipe triche. Les Zapmen sont perdus dans Slum City, la vraie… Dans ce premier volume, nous faisons connaissance avec les héros : Shade le meneur, Miniboute qui en pince pour lui, Ze Cat et Saut d’Orbite. Nous apprenons aussi ce qu’est la Haute Réalité qui concerne tout ce qui est virtuel et la Basse Réalité qui concerne la vraie vie. La plupart des gens vivent dans la Haute Réalité à l’aide de cyglasses qui leur permettent d’incarner des héros, d’être des personnages différents de ce qu’ils sont dans la vraie vie. Vraie vie qui n’existe pratiquement plus d’ailleurs, vu que la plupart des gens restent branchés jour et nuit dans le monde virtuel. L’action se passe dans un Paris abandonné de toute vie et entouré d’un mur d’énergie qui empêche toute intrusion de l’extérieur. Les Zapmen, à cause d’un bug informatique vont se retrouver hors de Paris, dans une banlieue pauvre et habitée par des gangs qui y font la loi. Ils y feront la connaissance de Ki et d’une vie différente qui leur fera ouvrir les yeux sur une autre réalité. Dans le second tome, deux des Zapmen disparaissent dans Babylone, une immense cité virtuelle. Un mystérieux Traqueur y kidnappe les adolescents. Ils disparaissent tellement bien virtuellement que leur disparition s’étend à la réalité également. Les deux autres Zapmen, inquiets, se lancent sur leur trace. D’autant plus difficile qu’ils doivent faire des recherches en Haute et Basse réalité. Jean-Marc Ligny est né en 1956. Il a publié son premier texte en 1978. Il se consacre à l’écriture depuis 1985 et a publié une quarantaine de romans à ce jour. Il voyage entre la SF, le Fantastique, l’anticipation politique, le space opera ou le cyberpunk. Aussi à l’aise dans le roman jeunesse et le roman adulte. Il a créé ici un concept original : le basculement entre la réalité et le virtuel. En vieux brisquard de l’écriture qu’il est, Ligny varie action et réflexion dans le monde qu’il a créé. Mais ce monde-là est-il si éloigné du nôtre ? Mais ne pose-t-il pas les bases d’une critique acerbe de notre manière de vivre ? Probablement. Mais tout est fait de manière si subtile. Jean-Marc Ligny nous emmène dans une histoire pleine de rebondissements où l’on ne s’ennuie pas une minute tout en nous posant quelques questions existentielles. N’est-ce pas l’art de tout bon auteur ? Un troisième tome, « Les Semeurs de mirage », est déjà annoncé. Marc Bailly
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